“Quand je pense à 1966, je vois des motifs de cachemire, du rose, de l’orange, du violet agressif, du noir et du blanc qui vibrent jusqu’à donner la migraine. Nous étions trop jeunes pour les drogues (qui n’étaient pas encore arrivées au lycée), mais nous n’en avions pas besoin. Notre monde même était psychédélique, nos vêtements, notre maquillage, nos bijoux et nos coiffures nous faisaient planer. C’était l’année du gimmick, l’important consistait à se faire remarquer, c’est-à-dire d’être débridée et brillante, d’avoir la jupe la plus courte, les lèvres Yardley Slicker les plus blanches et des boucles d’oreilles bringuebalantes. (Nous nous étions toutes percées les oreilles cette année là. On repère très vite les adolescentes de 1966-elles ont les oreilles percées de façon approximative.)Le magazine Seventeen regorgeait de jupes en vinyle, de robes en papier, op and op, de coupes de cheveux à la Vidal Sassoon, de coiffures à la Patty Duke et de peintures sur le corps.”

Est-ce parce que je ne suis pas une adolescente américaine des années soixante-dix que j’ai trouvé ce premier ouvrage de Joyce Maynard ennuyeux? Pourtant, j’aurais pu me sentir l’âme d’une sociologue, d’une anthropologue, que dis-je ?D’une historienne ou d’une archéologue en lisant cet ouvrage écrit il y a quarante sept-ans. Découvrir ce que pensait une jeune fille en 1972, ce qu’elle écoutait, lisait, regardait mangeait, ce qu’elle faisait de son corps, ce qu’elle étudiait aurait pu être passionnant. Mais non. Est-ce que parce que Joyce Maynard était une ado plan plan? Vierge? Parce qu’elle ne se droguait pas et était un brin solitaire? Ou parce qu’elle se décrivait et se pensait de cette manière?

Non plus. Car je ne pense pas que Joyce Maynard était une jeune fille inintéressante et ennuyeuse. Ce livre est le prolongement de l’article que la courageuse jeune fille avait écrit pour le New-YorkTimes suite à leur réponse à sa lettre dans laquelle elle suggérait (une sacrée culottée non?) au directeur de lui commander un article. Le rédacteur en chef lui avait répondu et commandé un article: “Nous aimerions que vous écriviez sur ce qu’a représenté pour vous le fait de grandir dans les années soixante(…) Racontez comment l’époque durant laquelle vous êtes devenue une adolescente a formé vos idées du monde qui vous entoure. Écrivez sur votre génération et sur la façon dont vous voyez l’avenir”.

Imaginez ça, l’espace d’un instant, une telle demande, à à peine dix-huit ans. Un grand journal, new-yorkais, à la renommée mondiale qui vous demande une telle chose et à un âge si jeune! Joyce s’exécute, est publiée, devient célèbre du jour au lendemain. Lettres de fans, d’écrivains, propositions de castings, de publications. Une telle nana ne peut-être qu’extraordinaire non? Une sacrée culottée, qui a toujours su ce qu’elle voulait faire. Écrire. Pas pour être une célébrité, ni devenir riche. Non, juste pour écrire.

Pourtant, tout en sachant tout ça, je n’ai pas aimé Une adolescence américaine.

Pourquoi? Parce que Joyce ne nous dit sûrement pas tout de sa vie. Ses études qu’elle a plaquées pour un écrivain, plus âgé qu’elle, déjà reclus mais si célèbre. Salinger. Ça doit bien vous dire quelque chose non? L’ Attrape- coeur, le livre qui a fait vibrer des générations de jeunes lecteurs et sa célèbre question: “Vous savez pas par hasard où vont les canards, quand le lac est complètement gelé? Vous savez pas?”.

Ça devait pourtant être un chamboulement pour elle ça non? Tout plaquer pour un homme, un écrivain comme elle, une personnalité affirmée, détonnante, un intellectuel. Pourtant Maynard ne nous dit rien de son aventure, muette, muselée par une clause de confidentialité pendant vingt-cinq ans.

Qu’elle brisera pour nous écrire Et devant moi le monde. Et peut-être enfin s’y dévoiler réellement?

Publié par Hélène

Lectrice avant tout #mercredicestlejourdulivredesenfants #bookstagram

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