Que dire sur Jim Harrison? Si vous lisez ce blog, c’est que vous en connaissez déjà un petit rayon sur l’auteur de Dalva et Légendes d’automne. Pour ma part, je l’ai découvert adolescente, quelque part dans les années 2000. J’ai déniché Dalva dans les rayonnages hétéroclites et fournis de la bibliothèque de ma grand-mère. Grande découverte littéraire! Les amérindiens, la nature, la sensualité de Dalva, les chevaux, le phrasé si spécial d’Harrison…

J’ai lu récemment que l’Amérique avait encore de grandes figures d’écrivains, telles Toni Morrisson, Philip Roth, tous deux deux décédés il y a peu de temps; mais aussi John Irving ou Paul Auster. De grandes figures comme autrefois en France Camus ou Sartre, mais qu’hélas, on ne croise plus guère chez nous aujourd’hui. Car y-a-t-il encore en France des écrivains qui l’écrivent comme Harrison écrit son Michigan? Un Michigan des pauvres fermiers blancs, des espoirs déçus et de la nature à l’État sauvage? Y-a-t-il un auteur Français qui a décrit la nature brute des Ardennes en proie à la désindustrialisation, ses villes qui se vident, ses maisons jaunes, ses habitants qui tentent de survivre à la mondialisation et à la centralisation? Ses forêts interminables? Les méandres de la Meuse? Ses éleveurs qui ne font qu’un avec la terre grasse et brune? Je doute beaucoup de voir naître un jour un roman naturaliste sur mes terres natales. À moins qu’un auteur s’y mette en écrivant sur le Cantal ou l’Ardèche et là, une procession d’inspirés s’emparera peut-être de ce sujet pour écrire sur un pêcheur breton et ou une agricultrice normande en proie à ses doutes et ses amours torturés. J’attends de lire une littérature française aussi viscérale que celle de Jim Harrison.

François Busnel a écrit la préface de mon édition de Nord-Michigan, dont le titre original est Farmer: “Farmer est le modèle même de ce que l’on appelle un “livre pour écrivains. J’ai toujours été frappé par le fait que tant de romanciers américains vouent un véritable culte à ce livre en particulier: James Salter, Peter Matthiessen, Louise Erdrich, Dan O’Brien, Jim Fergus, Jay McInerney, Colum McCann, Richard Ford évoquant Farmer comme le point d’orgue de l’oeuvre de Jim Harrison.” C’est dire la force de livre.

Nord-Michigan est le récit d’un homme arrivé au milieu de sa vie et qui doute. Les parents de Joseph sont morts, il est plus ou moins éjecté de son poste d’enseignant, il entretient une relation avec la veuve d’un ami et couche avec une élève de dix-sept ans. Joseph cogite, fantasme, chasse et surtout, Joseph veut voir l’océan. Pas étonnant que cela soit un roman d’écrivain. C’est un roman psychologique avant tout, sur un homme qui pense, qui vit, qui mange et qui boit. C’est donc un roman difficile à écrire, “un roman d’écrivain”.

Les mots de l’auteur valant mieux qu’un long discours de ma part, en voici donc un extrait:

“Joseph laissa le cheval brouter de l’herbe se souvenant du vers de Whitman qui disait que l’heure était “la belle chevelure intouchée des tombes”, un vers qui l’avait toujours troublé. Un jour, en classe, un élève, plutôt simplet par ailleurs, suggéra que cela pouvait signifier que la terre était si vieille qu’il y avait des gens enterrés presque partout. C’était bien possible. Mais en baissant les yeux sur le museau du cheval, il lui était difficile d’imaginer qu’il y avait des os qui reposaient là, au plus profond. Il leva les yeux vers les nuages et se sentit mal à l’aise dans le calme de la clairière. J’ai laissé tant d’années s’envoler en fumée ou en rêves qui n’avaient même l’ombre d’une réalité, comme ceux de la nuit dernière. Comment pourrais-je agir autrement si je ne sais même pas où sont mes erreurs? Bien sûr que non, bougre d’idiot, il n’y aura pas de message du genre de la publicité aérienne que tu as vue à la foire pour telle ou telle marque de bière. Le cheval fit un écart en voyant un serpent qui se faufilait dans l’herbe et Joseph le calmât en lui parlant:

“Ce n’est rien qu’un serpent dans une tombe indienne.”Le cheval ne fut guère rassuré.

Vous l’avez ressenti? Cette poésie au milieu de la rigueur de la vie ordinaire. Si oui, ce n’est que le début d’un amour inconditionnel pour une littérature vraie, poétique et modeste.

Publié par Hélène

Lectrice avant tout #mercredicestlejourdulivredesenfants #bookstagram

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