Imaginez une société clivée, hiérarchisée, mais dans laquelle – étrange paradigme- il est très mal vu d’exceller ou de se faire remarquer par son intelligence. Oui, dans les États d’Amérique du Nord (EAN), quand on est au lycée, mieux vaut ne pas être le premier de la classe. Trop de zèle pourrait être le signe de velléités terroristes ou révolutionnaires visant à abattre l’État totalitaire. Un État totalitaire qui tient grâce à la surveillance perpétuelle de ses sujets, par le biais des nouvelles technologies et surtout, fait notable et efficace depuis des millénaires, par la délation. Un État totalitaire qui a vu le jour après le 11 septembre 2001 et le chaos qui s’en est suivi.

Adriane Strohl est la malheureuse victime de cette ultra-surveillance. Nommée major de promotion – beaucoup trop intelligente et curieuse depuis toujours, venant d’un foyer surveillé et qui compte plusieurs anciens dissidents, la jeune fille se fait remarquer une dernière fois par son discours de fin d’année. Elle y pose douze questions dont:

Qu’y avait-il avant le commencement des temps?”

Qu’y avait-il avant les Grandes Attaques Terroristes du 11/09?”

La malheureuse sera condamnée à l’exil temporel. Ariane se réveillera en 1959, dans la zone 9 alias Wainscotia, université du Wisconsin.

“C’était l’épicentre de la Zone 9 Réglementée. Le lieu où j’étais emprisonnée. Et pourtant je m’y sentais en sécurité.

Je pénétrais dans le cottage par une porte latérale. Montais par l’escalier de derrière en espérant ne pas me faire repérer par l’une des silhouettes-de-filles, et évitais l’appartement de la conseillère de la résidence au rez-de-chaussée, dont la porte est toujours grande ouverte comme pour dire Bienvenue! mais dont je craignais que ce ne soit un truc d’informateur.”

“Durant ces premiers jours en Zone 9, je ne pensais pas à ces autres personnes qui pourraient se trouver en Exil ici- car il y en avait sûrement d’autres comme moi. Pareille à quelqu’un qui est enfermé dans une petite cage sans avoir conscience d’autres individus potentiellement piégés comme lui et qui, dans son désespoir, n’a pas de sympathie à gaspiller pour eux, j’étais juste capable d’envisager ma propre situation.”

Savoureux ouvrage aux relents de Servante écarlate de Margaret Atwood et de 22/11/63 de Stephen King, Le petit Paradis est une véritable interrogation sur la société et la politique d’aujourd’hui.

Elle nous décrit les dérives d’une société totalitaire qui n’a su répondre au terrorisme que par la guerre, la surveillance des individus et la dictature. Chacun est envisagé comme un éventuel terroriste pouvant dévier des opinions de l’État et faire tout basculer.

Atwood pointe du doigt aussi les nouvelles technologies qui permettent de surveiller jusqu’aux pensées des individus mais aussi de les punir d’une nouvelle manière. Cet État imaginaire est capable d’exiler un individu dans le temps, de retransmettre en direct une exécution, d’envoyer un drone qui vous pulvérisera sitôt la faute commise.

Et pose une dernière question cruciale, jusqu’où irons-nous?

Publié par Hélène

Lectrice avant tout #mercredicestlejourdulivredesenfants #bookstagram

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