Vingt ans après son séjour à Indian Creek, Pete Fromm accepte de partir à nouveau en solitaire. Cette fois, il s’agit de garder pendant un mois des oeufs et des alevins d’ombre, dans la région de la Bob Marshall Wilderness, Montana. Un mois de vie sauvage, à marcher chaque jour seize kilomètres, à hurler pour effrayer les ours, à pêcher la truite et à vivre au fil de l’eau et du temps.

Cette fois, Fromm est marié et père de famille. Dès qu’on lui propose le boulot, il pense à embarquer dans l’aventure Aidan et Nolan, ses jeunes fils de neuf et six ans. Il désire plus que tout leur faire partager son expérience, la réalité de ce qu’il leur raconte depuis tout petit, Indian Creek, le lynx, la neige et le braconnage. Malheureusement, un responsable refuse.

Fromm part quand même et se nourrit de l’absence des siens. Il s’interroge sur son rapport à la solitude, à la nature et à ses enfants. Auraient-ils été en danger avec lui? Que pourraient-ils tirer d’une telle expérience? Aimeront-ils comme lui vivre en solitaire, dans une cabane isolée, avec pour seuls compagnons des wapitis miteux, des grizzlis plus ou moins invisibles et un rouge-gorge un peu trop collant? Est-on égoïste lorsque l’on aime ces fuites à l’écart du monde ? Ou est-ce cette solitude recherchée qui nous fait apprécier d’autant plus la compagnie des siens et des autres ?

Comme toujours, la plume de l’auteur est impeccable et fait jaillir à merveille la nature brute du Montana, l’installation sommaire de la cabane, ce passage sous des arbres de conte, sombres et effrayants et ces après-midis de pluie printanière, froide, humide, monotone. Après Jim Harrison, Fromm est sûrement un de ces grands écrivains à se nourrir de la terre pour écrire, à s’abreuver de l’eau des rivières, des feuilles des arbres et de la dureté des montagnes pour faire jaillir une écriture vraie et pure.

Mais Pete Fromm n’est pas seulement un naturaliste, il sait parler des femmes et des hommes et fait ressortir à merveille leur humanité, avec leurs failles et leurs forces. Comme avec Lucy dans Lucy in the Sky ou Maddy et Dalt dans Mon désir le plus ardent. Et dans Le nom des étoiles, c’est Sage qui bénéficie de l’agile plume de l’auteur. C’est d’autant plus émouvant que le vieil homme a été ranger à ses côtés pendant quelques années, puis celui qui l’a encouragé à écrire et enfin, un ami fidèle.

Extrait.

« Je me tournai vers le marbre, mis les mains sur les genoux, en position d’outfielder, et je m’imaginai Sage sur le monticule, prenant un élan théâtral qui allait déboucher en douceur sur un lancer à la cuillère. J’attendais la voiture qui devait m’emmener à la messe célébrée en sa mémoire, et les bécassines tournoyaient autour de moi.

Je murmurai : Rootie-toot-tootie, encore un joli coup pour DeGrootie, une de ses répliques favorites, qu’il employait pour exprimer son enthousiasme. Face à tout. Face à ce qu’il faisait toujours. Il n’avait jamais contracté la maladie des gens blasés. À soixante, soixante-dix ans, c’était encore un gamin.

Quand nous travaillions au parc, un vieux fermier, Stippy Wolff, y vivait encore, et Sage aimait lui rendre visite. De temps à autre, Stippy s’arrêtait, contemplait les montagnes, ces montagnes près desquelles il avait passé toute sa vie. Il perdait le fil de la conversation, du temps, puis il revenait lentement à la réalité, souriait et secouait la tête. “Elles sont pas belles, aujourd’hui, les montagnes?” disait-il, formule et attitude que Sage ne se lassait jamais d’admirer.

À la maison, le gant d’Eric Machinchose doit encore être à terre, à côté de la porte, prêt pour quelques passes avant le dîner. Une boîte contenant les cendres de Sage repose sur mon bureau au sous-sol, où j’écris tous, les jours, comme il m’avait dit de le faire.»

Publié par Hélène

Lectrice avant tout #mercredicestlejourdulivredesenfants #bookstagram

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