Karitas est née en 1900 dans une Islande sous le joug du Danemark, une Islande sauvage, aux routes inexistantes, une Islande de pêche, de fjords, de glace et de volcans. La mer lui a pris son père, Jon. Alors Steinunn, sa mère, femme forte et taiseuse veut instruire ses enfants et quitter l’Ouest venteux. Ses enfants ne deviendront pas de simples filles du hareng aux mains à vifs ni des pêcheurs qui partent en mer pour s’y laisser engloutir. Steinunn les traîne d’ouest en est, en bateau. Halldora, Bjarghildur, Karitas, Olafur, Pall et Pétur s’installent à Akureyri, comptoir marchand, où la population attend principalement l’arrivée du hareng pour s’enrichir et travailler.

Steinunn inscrit les garçons à l’école mais les filles veulent aussi voler de leurs propres ailes. Les arts ménagers pour l’une, sage femme pour l’autre. Et Karitas dans tout ça?

Karitas dessine, Karitas veut peindre. C’est son défunt père qui lui a appris, en lui offrant un carnet de dessin, cadeau dont elle se souviendra toujours. Instant de tendresse entre un père et sa fille, à jamais figé. Son talent est remarqué par Mme Eugenia qui deviendra son professeur puis sa mécène. Elle lui permettra d’aller étudier au Danemark en payant ses études, le graal à cette époque. Le signe de l’instruction suprême et de la consécration. Mais au moment d’embarquer pour Copenhague, sa soeur Halldora se meurt d’une pneumonie. Karitas part, déchirée entre sa culpabilité et sa volonté de quitter un pays dans lequel les hommes meurent et les filles s’usent au travail.

Durant l’été 1923, Karitas revient sur son île, forte de son art et de son expérience sur le continent. Elle devient la fille du hareng au lieu d’arpenter les rues et les musées romains. Un jour, elle croise le regard vert de Sigmar, et y sombre, pour toujours ou presque.

Karitas, c’est le roman de la femme. La femme artiste. La mère. La voyageuse. La fille. La soeur. L’amante. C’est le roman des grandes questions de notre existence à toutes. Est-on mère avant d’être femme? Se sacrifions- nous en donnant naissance à nos enfants? Peut-on créer et donner la vie? Peut-on aimer et vivre librement?

Illustration photographique du livre de Baldursdottir

A nouveau, je me suis laissée embarquer par un roman scandinave. Mais celui-ci est spécial. C’est un roman féministe, sur une femme du XXème siècle. Qui incarne littéralement ce siècle et tous ses changements. Une femme qui vient d’un pays de traditions rurales et protestantes. Dans lequel une femme entretient son foyer, enfante, tout en étant une digne représentante de la Nation. La Nation islandaise. Ce pays pays rude, froid, où la Nature peut vous prendre pour ne jamais vous lâcher. Quelles difficultés pour Karitas de s’arracher à l’étreinte de son pays! Car si elle vit pendant de plus ou moins longues périodes à Copenhague, New-York ou Paris, elle revient toujours sur son île. Pour accoucher, enterrer les siens, aimer, pleurer, créer.

Karitas, c’est le livre d’une terre islandaise aux fortes personnalités. C’est l’égale de l’homme, l’artiste que les traditions poussiéreuses n’auront pas. Karitas, c’est nous.

Publié par Hélène

Lectrice avant tout #mercredicestlejourdulivredesenfants #bookstagram

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