Tout au long de la lecture de ce roman, j’ai eu la voix rauque d’Eddie Vedder. Vous savez le chanteur de Pearl Jam qui a composé et chanté la magnifique bande originale d’Into the Wild de Sean Penn. Cette réminiscence ne doit rien au hasard, ce film (aussi adapté d’un livre, lui même tiré de faits réels) et Indian Creek ont beaucoup en commun. Tous deux sont deux récits aux tendances naturalistes et ont pour narrateurs deux jeunes hommes en quête d’aventures dans les grands espaces américains. Mais autant Christopher McCandless est avide de sensations fortes, ne faisant que passer d’un endroit à un autre, un trompe la mort – qui n’a finalement pas réussi à la tromper – que Pete embrasse la vie sauvage, savoure cette expérience offerte par la Nature, qui lui fait ouvrir les yeux sur la société, son environnement et même sa destinée.

Car Indian Creek est une autobiographie. Le jeune Pete Fromm, au début de ses études, acceptera de remplacer au pied levé une jeune fille qui avait qui devait veiller pendant sept mois sur de jeunes saumons au milieu des Rocheuses. Au milieu de nulle part. Armé d’une armada de conserves et de sacs de riz, Pete s’en va retrouver sa destinée. Les gardes forestiers le laissent au milieu de son campement, aussi peu assurés que lui du bienfondé de sa décision. Mais le jeune homme va s’en tirer et affronter ses nouvelles conditions de vie avec brio, même si parfois le besoin de côtoyer ses semblables se fera cruellement ressentir.

Le roman est contemplatif, sauvage, beau tout simplement. On vit au fil des saisons, tout comme Pete. On est reclus comme lui, lorsque la neige s’accumule et que les routes sont coupées. Quand le dégel arrive, on respire à nouveau et on profite du redoux. Et au retour des beaux jours, on sort grandi de cette expérience existentielle à l’instar de notre narrateur qui certes, ne fera pas carrière dans la biologie animale, mais aura révélé son talent d’écrivain, d’abord auprès de ses professeurs, de ses éditeurs, enfin de ses lecteurs. Tout ça grâce au récit de son expérience sauvage

Les descriptions de paysages sont superbes, on vit, on voit la forêt, cet Ohio sauvage, Indian Creek, son gibier, sa faune, sa flore, cette neige épaisse, qui tombe à n’en plus finir, qui efface ou révèle les traces des humains et des animaux.

Je n’en dis pas plus, place aux mots.

Extrait:

“La radio n’avait cessé de parler des risques d’aveuglement pour les spectateurs de l’éclipse. Le paysage s’obscurcissait lentement, si lentement que c’en était presque imperceptible. Je jetai un coup d’oeil rapide. La moitié du soleil avait disparu.

Les montagnes étaient plus sombres désormais. Je regardai vers le bas et vis mon campement et la rivière Selway. On aurait cru le soir tombé, à l’heure où je me trouvais habituellement dans les parages et où je rentrais à la tente avant qu’il ne fasse nuit noire.

Il ne restait maintenant qu’un liseré de soleil orné le côté gauche de la boule noire. Cette boule était la lune, j’en avais bien conscience, mais le savoir ne voulait rien dire. À l’étroit sur mon pic rocheux, je me levai pour regarder ce qui restait du soleil disparaître en un clin d’oeil.

À la place de l’astre, se trouvait un anneau de lumière, voilée et mouvante. Et rien d’autre. Tout autour de moi, les bois étaient maintenant plongés dans une obscurité totale. En face, sur les pentes à découvert, la neige scintillait d’un bleu pur, plus net que lors de n’importe quel crépuscule, comme si elle dissimulait une force qui allait bientôt surgir. Pour une fois, les mésanges étaient silencieuses. Il me sembla qu’il faisait un peu plus frais mais je ne crois pas que c’était possible.”

Indian Creek était le deuxième livre que j’ai lu de l’auteur, après Lucy in the Sky. Le prochain sera sûrement Mon désir le plus ardent.

Publié par Hélène

Lectrice avant tout #mercredicestlejourdulivredesenfants #bookstagram

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